J’avoue que lorsque Juan me proposa d’enregistrer et de retranscrire des entretiens sur divers sujets qui pouvaient être d’un intérêt pour les personnes qui assistent à ses cours ou qui sont attirées par ces thématiques, je me sentis pris au dépourvu. Après avoir interrogé Juan sur mille et une choses pendant les pauses de plusieurs de ses cours, je m’étais offert de l’aider à transmettre ses connaissances. Maintenant qu’il me proposait cette série d’entretiens, je me rendais compte que ce serait une grande chance de pouvoir échanger de manière régulière avec quelqu’un de son expérience, et c’est pourquoi, après quelques courts instants d’hésitation, j’acceptai son offre.
Ma curiosité sans limites et ma soif de connaissances m’avait conduit depuis plus d’une décade déjà (et ce n’est pas fini …) à rechercher des livres, des revues, des conférences, des cours en lien avec des thématiques et pratiques dans l’idée non seulement de les étudier en profondeur, mais aussi de les intégrer au quotidien. Je me suis rendu compte avec les années que si la recherche est sincère, on commence à développer une certaine sensibilité et on finit par rencontrer des personnes authentiques, c’est-à-dire des personnes qui mettent en pratique ce qu’elles enseignent.
Juan me laissa le choix du premier sujet à traiter. Connaissant ma tendance à ce que j’appelle la « diarrhée mentale créative », je savais qu'il me serait difficile de sélectionner un thème. Quand nous nous retrouvâmes pour l’entrevue, je dis à Juan que je venais d’écouter des cours de mantras d’un prêtre hindou-américain, Thomas Ashley-Farrand. Ce cours me semblait très complet, contenait beaucoup d’informations intéressantes et de nombreux exemples d’application. Juan connaissait lui aussi la personne en question et, voyant mon intérêt pour le sujet, il me proposa ce thème pour notre premier entretien.
J’avais déjà assisté à un cours de mantra donné par Juan (de là mon intérêt croissant pour ce thème), et j’avais été surpris qu’une pratique de tradition hindouiste et bouddhiste avait été inclue dans le système du Tao. Et aussi, je m’étais demandé à plusieurs reprises le sens que cela avait de prononcer des phrases spécifiques dans une langue qui m’était étrangère, éloignée et dont je ne connaissais pas la signification. Enfin, je me disais que ces paroles allaient peut-être avoir une résonance différente dans mon inconscient que dans celui de quelqu’un de Bombay ou Lhasa.
Juan, dis-moi, en quoi est-ce que c’est utile de pratiquer les mantras aujourd’hui, à notre époque ?
Les pratiques énergétiques, les yogas, parmi lesquelles figurent celles du Tao, renforcent notre énergie, et les mantras nous aident à guider les pratiques vers un niveau élevé. Ils nous permettent de restructurer la conscience en créant instantanément un espace déterminé, un silence dans notre dialogue interne. Ils travaillent avec le son et la lumière, deux éléments clés de la création, et font partie de l’ensemble des pratiques vibratoires (comme aussi le travail avec les plantes, les essences florales et les huiles essentielles, ou bien l’imposition des mains).
D’après la tradition d’Inde – qui a conservé la mémoire de millénaires -, les pratiques vibratoires sont idéales pour cette période de l’humanité. Dans l’antiquité, on observa que la Terre traverse quatre phases différentes de conscience pendant un cycle de précession, au cours desquels l’axe terrestre se déplace progressivement. Chaque phase dure environ six mille ans.
Dans la première phase, qu’on appelle l’époque dorée, les êtres humains réalisaient le travail spirituel à travers la méditation, sans intermédiaire. C’était la pratique la plus facile, la plus spontanée, et il y avait un grand appui pour cela. Quand ce cycle se termina, l’être humain perdit l’intérêt pour la méditation et se sentit attiré par une autre série de pratiques dans lesquelles donner et recevoir furent le pont pour se connecter avec d’autres dimensions. On réalisait des offrandes, de fleurs par exemple, dans le but d’activer une réaction proportionnelle à l’offrande. Ce fut la deuxième phase. La troisième période se caractérisa par la réalisation de cérémonies et rituels, par le biais d’intermédiaires, des prêtres par exemple, pour contacter le divin.
Enfin, dans le quatrième cycle, l’époque actuelle, dans laquelle tout le monde est distrait, vit de façon accélérée et se sent à moitié malade, où les conditions pour la pratique transcendante sont des plus défavorables, avec le manque de temps et d’argent, ce qui attire le plus l’être humain et ce qui lui est le plus simple, ce sont les pratiques vibratoires. En effet, elles peuvent se faire en peu de temps, dans n’importe quel lieu et on peut en sentir les effets quasi immédiatement. L’intérêt qu’on observe au cours des dernières trente années autour du thème des mantras (le mot est maintenant entré dans la langue) a à voir avec la phase dans laquelle nous sommes.
En quoi consiste la pratique des mantras ?
Dans la nature, il existe des fonctions, comme par exemple la joie. Et chaque fonction a une vibration propre, un son, que nous appelons son racine ou mantra. Dans l’exemple de la joie, le son – ou mantra – de la joie est RHIM. Donc lorsqu’on pratique le mantra RHIM, on contacte l’énergie de la joie. Il existe autant de mantras que de fonctions, mais les anciens ont développé uniquement les mantras essentiels.
La majorité des mantras proviennent du sanscrit, mais est-il possible que dans une antiquité bien lointaine il y eut d’autres langues avec ce même pouvoir ? Je m’imagine, par exemple, un prêtre égyptien ou maya prononçant des syllabes secrètes pour obtenir un effet déterminé, ou bien un druide ou un chaman réalisant des invocations…
On pense qu’au cours des périodes précédant le grand déluge, les êtres humains utilisaient des langues mantriques. Pendant la période du grand déluge (il y a quelque 12'000 ans de cela), il semble qu’il y ait eu de nombreux changements géologiques (tremblements de terre, inondations constantes), un climat très variable et de grandes migrations humaines. Avec la dispersion humaine qui s’est produit pendant le déluge, les langues se mélangèrent et se perdirent en grande partie. Cependant, de nombreuses langues de l’hémisphère nord ont conservé des racines communes de sons. En fait, des langues celtes à la Chine et à l’Inde entière, il y a des racines de sons qui sont exactement pareilles.
Tu veux dire que toutes les langues antédiluviennes faisaient partie d’une seule langue universelle, quelque chose de semblable à ce que les linguistes appellent l’indoeuropéen ?
Oui. A l’époque antédiluvienne, il y eut certainement une période pendant laquelle les sons racines, mantriques, s’utilisaient soit dans le langage sacré, rituel, soit dans le langage du quotidien. Actuellement, chaque langue contient des restes de ce qui pourrait avoir été cette langue commune.
Cela me fait penser à Jodorowsky qui expliquait que pour arrêter le dialogue interne, il suffisait de choisir n’importe quel mot et de le répéter sans cesse, jusqu’à ce que le flot de pensées s’arrête. Tu t’imagines disant : Coca-Cola, Coca-Cola, Coca-Cola, Coca-Cola … Est-ce que cela reviendrait à faire une pratique de mantra ? Et qu’en est-il des prières et des chants des différentes religions, comme le Kyrie Eleison du christianisme orthodoxe, ont-ils quelque chose de mantrique ?
Il se peut que répéter sans cesse le mot Coca-Cola ait pour effet de taire le dialogue interne, même si ce n’est que pour quelques instants. Toutefois, comme ce n’est pas un mantra, un son racine, cela n’aura pas l’effet que l’on recherche dans la pratique des mantras, à savoir de contacter des fonctions essentielles.
Y en el caso de los cantos religiosos hay que hacer una distinción entre salmos y oraciones que se hacen en el lenguaje ordinario, propio a cada cultura, y los que se hacen en una lengua como el sánscrito y el hebreo antiguo, que, según se dice, son mántricas. Solo los segundos están activando las funciones de la naturaleza. Quien sabe, tal vez el chino y el egipcio antiguos son también lenguas mántricas, y otras lenguas también, pero para saberlo faltan muchas investigaciones por hacer.
Dans le cas des chants religieux, il faut faire la différence entre les psaumes et les oraisons qui se font dans un langage ordinaire, propre à chaque culture, de ceux qui se font dans une langue comme le sanscrit ou l’hébreu ancien qui, d’après ce que l’on dit, sont des langues mantriques. Seuls les seconds auront pour effet d’activer les fonctions de la nature. Qui sait, peut-être que le chinois et l’égyptien anciens sont aussi des langues mantriques, et peut-être encore d’autres langues, mais pour le savoir, il faudrait faire encore beaucoup de recherches..
Le pouvoir du son comme force divine et créative, OM comme son de l’énergie créative … C’est magique. A propos, je me souviens de ce qu’a dit un jour André Malby: « Magicien est celui qui dit « chaise » et s’assied sur ce qu’il vient de dire ». Et dans la Bible, il est dit : « Au début, il y avait le verbe » ; et dans les Vedas : « Nada Brahma», c’est-à-dire « le monde des sons ». Qu’il en soit donc ainsi.