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L'ère actuelle PDF Imprimer E-mail
Entretien avec Juan Li, par Pere Muñoz Avellaneda

 

Comment définir l’époque actuelle ? Si nous posions cette question à quelqu’un dans la rue, il est probable que la personne ne prenne pas le temps de s’arrêter, et si elle le faisait, elle nous dirait certainement que l’époque actuelle est caractérisée par la consommation, l'évolution très rapide des technologies, la surabondance d’informations, et surtout par le manque de temps.

Il est important que le pratiquant connaisse les caractéristiques de l’ère actuelle afin d’adopter une pratique appropriée à l’époque à laquelle il vit. Sinon, il court le risque d’être frustré, d’abandonner la pratique et, constatant cet échec, de voir diminuer sérieusement l’estime qu’il a de lui-même.


Tous les grands systèmes, et je pense par exemple à la Chine, à l’Inde, à l’Egypte, à Babylone, aux Hopi, proposent une cosmologie, une conception de l’univers, de son origine, de son fonctionnement, de sa structure (avec les dieux, les esprits, etc.), et aussi du temps.

Dans notre culture occidentale, la conception du temps est linéaire, comme une ligne droite qui va vers l’avant. Mais dans d’autres cultures, le temps est considéré comme cyclique ; les cycles ne sont pas identiques mais il existe une similarité énergétique entre les cycles. Dans ma réflexion, je m’appuie sur la conception de type cyclique qui perdure aujourd’hui encore en Inde et qui provient de la tradition orale, et je l’ai enrichie à l’aide des connaissances astronomiques que fournit la science occidentale.

Dans l’antiquité, le temps n’était pas considéré comme linéaire et conduisant inéluctablement à une dégradation, à un point fatal, mais bien plutôt comme cyclique, avec la possibilité d’une régénération. Ce concept du temps cyclique avec la possibilité de changer les choses, de les améliorer est un élément de base dans le travail énergétique.

Autrefois, les être humains ne passaient pas la majeure partie de leur temps à l’intérieur de maisons, comme aujourd’hui, mais vivaient à l’extérieur, exposés à la nature. Les saisons et le climat dictaient leurs rythmes et modes de vie, y compris leurs rites et cérémonies. Ils observaient les étoiles, les planètes, la lune, le soleil et constatèrent par exemple que la position des étoiles, des constellations changeait avec le temps. Ils en déduisirent qu’il existait non seulement un cycle annuel, au cours duquel la position du soleil à l’horizon change en fonction des saisons, mais aussi des cycles de plus grande durée, en particulier celui que l’astronomie moderne appelle la « précession des équinoxes ». La précession a à voir avec l’axe ou canal central de la terre. Cet axe, qui traverse la terre d’un pôle à l’autre, est orienté presque exactement avec l’étoile polaire. C'est pourquoi, de notre perspective terrestre, nous avons l'impression que cette étoile ne se déplace pas et que toutes les constellations tournent autour d’elle. Cependant, cette étoile, toujours de notre perspective terrestre, se déplace, lentement, de 1 degré chaque 72 ans. Il lui faut environ 25'000 ans pour faire une rotation complète par rapport à l’axe de la terre et revenir à son point originel.

Ce processus intéressa de tous temps les astrologues et astronomes – autrefois, l’astrologie et l’astronomie étaient une seule et même science – parce que les êtres humains faisaient le lien entre la conscience et la lumière. La conscience est lumineuse et la source de cette lumière, pour nous les êtres humains, ce sont les étoiles. Aujourd’hui, nous n’attribuons que peu d’importance à la dimension céleste, excepté dans le cas de graves inondations …, et la plupart d'entre nous n'ont aucune connaissance à son sujet. Autrefois, cependant, la dimension céleste était considérée comme divine. Pourquoi ? Justement parce qu’on savait que la lumière irradiée par un nombre infini d’étoiles avait une influence sur la conscience de tous les êtres vivant dans l’espace terrestre.

L’espace terrestre reçoit de l’énergie uniquement de la région de l’espace vers laquelle est dirigé le canal central de la terre. Les différentes traditions antiques constatèrent certains changements dans la conscience et le comportement de l’être humain tout au long d’un cycle de précession (l’Inde a ont gardé la mémoire de plusieurs cycles de précession et la tradition orale des Hopis parle d’au moins trois cycles de ce qu’ils appellent « Le grand nettoyage »). Les Indiens observèrent quatre phases différentes d’environ 6’000 ans au sein d’un cycle de précession de 25'000 ans (ces chiffres sont très approximatifs).

L’ère dorée

La première de ces phases est parfois appelée « l’ère dorée ». Cette ère se déroule lorsque l’axe de la terre est dirigé vers la constellation de la Lyre, dont fait partie l’étoile Vega (qui est en lien avec le rythme dans les pratiques taoïstes). Au cours de cette phase, la priorité absolue est donnée au développement personnel, au développement de la conscience, aux pratiques méditatives. L’idée est que l’être humain est capable d’évoluer vers quelque chose de supérieur, de meilleur, et que cette évolution s’atteint grâce à un effort personnel, et non pas par une bénédiction ou des substances externes. La société offre alors les conditions propices aux pratiques méditatives, contrairement à notre époque actuelle, où le temps qu’une personne peut dédier à la méditation est bien limité étant donné que la personne doit en priorité s'appliquer à gagner sa vie. L’ère dorée est donc structurée d’une façon bien différente de notre ère actuelle.

Il est aussi possible que l’ère dorée soit caractérisée par une énergie rythmique, musicale, en raison de l’orientation de la terre avec la constellation de la Lyre et donc l’étoile Vega. Comme la musique, les rythmes unifient – il suffit pour s’en convaincre d’observer les gens danser ou écouter ensemble de la musique -, on peut supposer qu’à l’ère dorée prédomine, parmi d’autres qualités que nous ignorons, une forte énergie d’unité, qui est l’énergie de cohésion nécessaire pour développer les pratiques méditatives et leur donner une durabilité.

L’ère des sacrifices et les intermédiaires

Au fur et à mesure que l’axe terrestre se déplace commence l’ère dans laquelle interviennent les prêtres, c’est-à-dire les spécialistes qui savent comment établir le contact avec le divin et qui jouent le rôle d'intermédiaires. Dans la conscience de la majorité des gens apparaît l’idée qu’une personne ordinaire n’a pas les compétences pour initier un processus évolutif et qu’il est nécessaire de passer par les intermédiaires. Les intermédiaires effectuent alors les cérémonies et organisent les sacrifices. Les sacrifices sont en effet la caractéristique de cette deuxième ère. L’idée est d’offrir quelque chose de valeur ; cela ne doit pas être une vie humaine ou animale, mais simplement quelque chose d’important, comme de réaliser un effort important ou donner quelque chose d’important, afin de provoquer une réaction. C’est le principe d’action-réaction. On peut observer ce principe par exemple dans les temples anciens d’Egypte. La quasi-totalité (Le 99 pour cent) des reliefs démontrent ce processus : le pharaon, qui est l’intermédiaire, offre quelque chose aux dieux - parfums, fruits, fleurs - afin de provoquer une réaction. On retrouve ce principe aussi dans le I Ching, qui est le manuel utilisé dans les pratiques taoïstes pour travailler avec la force vitale, à l’hexagramme 16 qui s’appelle « s’enthousiasmer ». Il y est dit que le pratiquant offre une musique extraordinaire pour inviter les ancêtres à se manifester.

L’ère des cérémonies et les militaires

Apparaît petit à petit la troisième ère, au cours de laquelle la cérémonie en soi prend le pas sur l’idée de l’offrande. Toute une série de pratiques, techniques et rituels compliqués sont élaborés pour contacter le principe
divin et créer une réaction déterminée. Ces cérémonies complexes sont organisées par les spécialistes qui, cependant, perdent peu à peu de leur influence. La personne ordinaire se distance encore plus de son pouvoir interne.

A chaque ère prédominent des personnages différents : les yogis au cours de l’ère dorée, les prêtres ou spécialistes au cours de l’ère suivante, et dans la troisième ère, ce n’est plus tant l’intermédiaire qui est important, même s’il continue à jouer un rôle, mais c’est le militaire. En effet, comme l’ère est marquée par les conflits, fruit de la distanciation progressive de l’individu avec le divin, avec ses propres capacités, le militaire intervient et protège la société, avec sa structure et ses rituels, des attaques d’autres groupes. Comme exemples de ce modèle, on trouve, en Europe, les différents ordres de chevaleries (croisés, templiers, chevaliers teutoniques, etc.) et au Japon les samouraïs, avec l’idéal du bushido qui implique une intégrité de caractère et un code d’honneur irréprochables. Dans ce modèle masculin, la discipline est inflexible, martiale. En Europe, l’énergie du cœur est aussi présente, avec l’amour courtois, mais la perspective reste celle du défenseur. Le rôle du prêtre est secondaire, il se limite à célébrer les cérémonies pour que son groupe gagne la bataille.

Dans ce modèle, il existe un mode d’agir correctement, avec les idéaux d’intégrité, d’honneur, de justice, de courage et de sacrifice, donc à accomplir un certain travail altruiste, mais seule une élite suit ce modèle. En Espagne par exemple, les templiers protégeaient les pèlerins sur le chemin de Saint-Jacques et construisaient des ponts, favorisant grâce à leur aide un idéal, un travail spirituel.

Même si ce modèle est principalement masculin, il existe également dans l’histoire des groupes de femmes guerrières, comme les Amazones ou des branches féminines de l’ordre templier.

On retrouve des traces de ce modèle, comme des autres modèles d’ailleurs, dans notre société actuelle, quand les politiciens tentent de rétablir le concept du grand protecteur contre le terrorisme global, par exemple. Les modèles des ères précédentes ne disparaissent pas complètement, mais passent simplement au second plan.

L’ère actuelle de la fragmentation et les commerçants

L’ère actuelle est dominée par les commerçants. Tout le monde cherche à se convertir en un Bill Gates, à contrôler le marché d’un produit en particulier, à amasser des fortunes, et ce souvent sans trop se poser de questions sur les moyens utilisés pour y arriver. Les valeurs telles que l’honnêteté, donner sa parole et la tenir se perdent. Tout a un prix, tout se vend et l’individu passe la plus grande partie de son temps à chercher de l’argent, à gagner sa vie. Le temps à disposition pour méditer est très limité et peu de personnes sont intéressées à devenir prêtres ou à faire une carrière militaire ; en revanche, les études commerciales, économiques ou de droit rencontrent un intérêt massif.

La conscience fragmentée

Dans l’ère actuelle, l’individu a tendance à se disperser, il est sans cesse interrompu dans ses activités, par des appels sur son téléphone mobile par exemple, et son esprit est constamment en activité, occupé par le dialogue interne. Sa conscience est donc fragmentée et il lui est difficile de maintenir son attention pendant un certain temps, sans se distraire. Son ego ne « s’éteint » que lorsque il dort et encore, à condition qu’il entre dans une certaine qualité de vibrations cérébrales, à savoir les ondes de type delta. On dit que même les personnes dites éveillées ne sont pas capables, dans cette ère, d’éteindre leur ego de façon permanente, mais seulement de façon temporaire. Mais il est vrai que pour fonctionner dans cette ère, il faut un ego.

Les pratiques appropriées à l’ère actuelle

Comme l’esprit est si occupé et qu’il est si difficile de le calmer, une pratique efficace consiste à chanter, à voix haute ou intérieurement, des mantras. Ce sont des sons, des phrases qui amènent la conscience à un niveau vibratoire supérieur, au-delà des émotions positives ou négatives, des désirs ou du rejet. D’autre part, les mantras restructurent l’esprit (« man » signifie esprit et « tra » signifie instrument) et lui redonnent une unité. Grâce à la pratique des sons, l’esprit de l’individu est occupé et il apprend à concentrer son attention tout en bénéficiant de l’effet direct de la fréquence des sons sur les méridiens, les chakras et les points énergétiques spécifiques. Cette pratique a un effet direct également sur la santé, car elle redonne de la cohésion et de l’intégrité à l’individu, ce qui est la caractéristique d’un organisme sain, puisque la cohésion maintient la structure. Un organisme dans lequel prédomine une énergie fragmentée tombe malade, dépérit et finalement meurt.

Les pratiques vibratoires sont donc celles qui nous attirent le plus dans cette ère. Cela peut être des pratiques avec les sons, comme les mantras, ou bien avec des arômes, qui agissent en faisant vibrer les glandes maîtresses à un niveau supérieur, mais aussi les thérapies de type vibratoire, comme le reiki, la guérison pranique ou le jin shin jyutsu. Toutes ces pratiques et thérapies ont l’avantage de produire un effet immédiat, ce qui nous intéresse dans cette ère où tout va si vite, où l’individu n’a pas la patience ou la capacité de garder son attention focalisée pendant un temps suffisant.

Une ère aux changements rapides, avec ses avantages et inconvénients

Dans cette ère fragmentée, les structures perdent de leur cohésion et ne se maintiennent (durent) pas longtemps. C’est une situation idéale pour se libérer de structures réductrices, des émotions négatives, d’une certaine rigidité mentale, etc. et pour accélérer le processus évolutif. Les changements interviennent rapidement, et c’est peut-être pour cette raison que nous avons choisi de nous incarner et vivre dans cette ère.

Pour pouvoir fonctionner adéquatement dans cette ère, l’individu doit diriger son attention, sa persévérance à l’intérieur de soi, sur un son, une idée ou une image, et maintenir ainsi un point fixe, inaltérable. Cela peut se faire sans un effort exagéré ou violence, mais au contraire avec le pouvoir de l’intention et le sourire. Ce qui est important, c’est d’adapter les pratiques traditionnelles à l’ère dans laquelle on vit. Un pratiquant qui lirait par exemple la biographie d’un yogi ou d'un ermite du Xe siècle pourrait se sentir coupable de ne pas méditer autant que lui ou bien avec la même concentration. Il faut donc se rappeler que les conditions ne sont pas comparables et profiter de cette ère marquée par le changement constant pour éliminer des aspects de notre personnalité qui ne nous sont plus utiles, comme nous l’avons vu précédemment. Les processus de changements sont très créatifs et productifs.

J’ai un bel exemple à ce sujet. Avec mes collègues de pratique, nous avions lu autrefois une publication contenant des textes anciens et dont le titre était « Traité de médecine et d’alchimie taoïste ». Cet ouvrage contenait une description de l’orbite microcosmique avec les multiples bénéfices résultant de la pratique. Toutefois, il était mentionné qu’il fallait une trentaine d’années pour ouvrir l’orbite. Or, avec mes compagnons de pratique, nous savions qu’il est possible de l’ouvrir en quelques heures seulement. Après réflexions et discussions, nous en vînmes à la conclusion que c’était un stratagème des alchimistes pour décourager la majorité des personnes en leur faisant penser que c’est difficile alors que c’est facile. Toutefois, au bout d’un certain nombre d’années, nous comprîmes que cette mention n’avait peut-être pas été un stratagème, mais qu’à l’époque où l’ouvrage avait été écrit, la durée nécessaire à l’ouverture de l’orbite était réellement de 30 années, car les processus de changement étaient très lents.

La prochaine ère

Selon la tradition de l’Inde, les yugas, l’ère actuelle se termine par le chaos, c’est-à-dire une situation où aucune structure ne parvient à se maintenir. Ensuite, si on se réfère au principe énergétique selon lequel quand un extrême se manifeste l’extrême opposé s’active, la prochaine ère devrait suivre le modèle de l’ère dorée. Après une ère marquée par les processus de changements intenses devrait apparaître à une ère marquée par la stabilité et la durée.

L’acquisition des connaissances et la mise en pratique

Au cours des ères précédentes, la quantité d’informations et de ressources disponibles était très limitée et il était compliqué de rencontrer des maîtres. A cette époque la connaissance, qui arrivait au compte-gouttes, avait une grande valeur, et l’individu se sentait privilégié quand il obtenait une information ou bien rencontrait un maître. En fait, savoir qu’existait un pratiquant avancé ou un maître était considéré comme un signal de bonne fortune ; pouvoir le contacter, une plus grande fortune; et pouvoir étudier et apprendre avec lui, la plus grande des bénédictions dans une vie.

De nos jours, où nous avons accès à une information abondante et précieuse, que ce soit par le biais d’internet, dans les livres, les disques ou les vidéos, nous ne valorisons souvent plus cette information et courons le risque de nous enivrer à acquérir de plus en plus de connaissances et d’informations sans chercher à les mettre en pratique. Mettre en pratique les connaissances acquises est peut-être un des défis les plus difficiles à relever au cours de cette ère. Or, si l’individu ne met pas en pratique les connaissances acquises, s’il a un comportement contraire aux recommandations qu’il a reçues, son état de fragmentation augmente. A un niveau subtil, qu’il ne remarque pas vraiment au début, son estime de soi commence à diminuer, parce qu’il sait qu’il n’est pas en train d’agir comme il devrait. Son premier chakra, celui qui le relie à la terre, commence à être affecté. Et nous savons tous qu’une fois qu’une petite lumière est entrée dans la conscience, il n’est plus possible de retourner en arrière, de revenir à l’obscurité du non savoir. La connaissance implique donc une grande responsabilité, celle d’être mise en pratique, et cela exige de la persévérance.

Le conseil final qui peut donc être donné au pratiquant de cette ère est de traiter avec respect et reconnaissance les informations reçues, de maintenir son centre pour s’adapter et naviguer avec aisance dans cette ère du changement constant, mettant en pratique en toute conscience et avec persévérance les enseignements reçus et profitant de cette ère pour évoluer et se défaire de structures obsolètes et limitées.

 
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