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Home Articles A propos des pratiques Le yoga du pèlerinage
Le yoga du pèlerinage PDF Imprimer E-mail

A la rencontre de la grande déesse sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle

Texte de Juan Li


Dans le vaste répertoire des pratiques énergétiques héritées des anciennes traditions, il en est une qui se démarque des autres parce qu’elle est très complète : la pratique du pèlerinage. Cette démarche est la moins bien comprise de toutes les démarches spirituelles. Elle est souvent confondue avec un simple voyage d’un lieu spirituel à un autre. Or, le yoga du pèlerinage est un pas crucial dans le développement personnel, celui où nous testons tout ce que nous avons appris et aussi celui qui nous permet de mener à terme ce que nous n'avons pas achevé par le passé. Dans le I Ching, il est bien dit au pratiquant débutant que la clé du succès consiste à terminer ce que nous entreprenons. En effet, quand nous commençons quelque chose, nous mettons en route un cycle d’énergie, qui cherchera naturellement à se terminer. Si nous laissons ce cycle sans le terminer, l’énergie engagée y reste bloquée. Notre vitalité s’en trouve réduite ainsi que notre efficacité dans la réalisation de nos projets.

Lorsque nous nous lançons dans le projet du pèlerinage, la première chose que nous devons faire est de passer en revue toutes les situations non résolues de notre vie et de les régler avant de partir. Dans ce sens, le yoga du pèlerinage est une préparation à la mort. En Inde, le pèlerin est appelé « le cadavre ambulant », parce qu’il a payé toutes ses dettes, mis un terme à toutes les disputes, fait la paix avec ses anciens ennemis et communiqué tout ce qui devait l’être. Le pèlerin est prêt à quitter ce monde, il n’a plus d’attaches avec le plan physique. Le yoga du pèlerinage permet donc de nous libérer de nos servitudes. Grâce à cette pratique, nous expérimentons consciemment une liberté unique.

Un deuxième pas important dans le pèlerinage est celui de définir des vœux personnels de conduite qui nous aident à renforcer notre volonté et notre auto-estime. Le voeu de base est bien celui de terminer le pèlerinage quelles que soient les difficultés rencontrées. Grâce à ce voeu, nous développons un modèle de persévérance qui nous sera utile dans toutes les situations difficiles de notre vie.


DESTINATIONS DE PELERINAGES

Chaque grande tradition spirituelle du monde a ses lieux de pèlerinage:

  • La source du Gange et le Mont Kailash pour les Hindous
  • Bodh-gayâ, le lieu d’illumination du Bouddha, pour les Bouddhistes
  • La Mecque pour les Musulmans
  • Jérusalem ou Rome pour les Chrétiens
  • Les montagnes et vallées sacrées de leurs ancêtres pour les Indiens des
    Amériques
  • Les montagnes des cinq éléments pour les Taoïstes.



LE PELERINAGE A SAINT-JACQUES DE COMPOSTELLE

Dans l’Europe pré-chrétienne, un chemin de pèlerinage conduisant à Finisterre – « la fin de la Terre »- fut tracé. On pouvait le suivre à partir de n’importe quel endroit du continent. C’est le plus ancien pèlerinage d’Europe qui ait survécu jusqu’à nos jours. Il était parcouru par les druides et les Celtes et quand le christianisme devint la pratique dominante du continent, il fut transformé en un pèlerinage chrétien et associé à l’esprit lumineux de l’apôtre Jacques. Le pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, au nord-ouest de l’Espagne, est l’occasion de découvrir le trésor des mythes archétypaux et du symbolisme de l’ancienne Europe. Personne ne regrette d’avoir marché sur la route sacrée. Au contraire, les pèlerins, au retour, se sentent plus forts, avec plus de clarté sur leur but, leur direction dans la vie, ainsi que le sentiment d’avoir accompli quelque chose d’exceptionnel.

D’avoir été capable de marcher plus de 800 kilomètres, sous la pluie et par les grosses chaleurs, cela devient une référence sur la manière d’atteindre des buts élevés dans la vie. Le pèlerinage redéfinit les limites de ce qu’une personne est capable d’accomplir. Pour une personne dont la confiance en soi est faible, faire preuve de persévérance au quotidien pendant plus d’un mois est une expérience qui transforme et qui sert de modèle sur la manière de s’approprier son propre pouvoir personnel.

Sur la route de Saint-Jacques, on rencontre tout aussi bien des bébés de quelques mois transportés par leurs parents que des personnes de quatre-vingts ans. Tous marchent à leur rythme et atteignent ainsi leur destination. C’est un des rares pèlerinages se faisant à pied dans le monde qui peut être accompli par des personnes de tout âge. On rencontre également des personnes qui ont fait plusieurs fois le pèlerinage et qui retournent sur le chemin afin de renforcer la clarté de leur objectif et direction de vie.

Mon intérêt pour le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle s'éveilla il y a bien longtemps lorsque je découvris un livre illustrant les étapes du chemin. A ce moment, j’émis le souhait de marcher, un jour, sur cette route. Le cycle qui s’était mis en mouvement suite à ce désir gagna en intensité quand je commençai à enseigner en Espagne à la fin des années 1980 et rencontrai des personnes venant de la Galice, la province de Saint-Jacques de Compostelle. J’appris en effet à ce moment que le nom de famille de ma mère - « Cantero » - signifie « le tailleur de pierres pour la construction des églises ».

Je recherchai pendant de nombreuses années, avec l’aide d’étudiants espagnols et français, les racines pré-chrétiennes du pèlerinage à Saint-Jacques. En parallèle, je m’intéressai aux relations entre le chemin et les étoiles. Compostelle signifie « chemin des étoiles » et la route suit la constellation de la Voie Lactée à partir du centre de la galaxie jusqu’à l’étoile Sirius. C’est le chemin de la transcendance que suit l’esprit lumineux quand nous quittons la terre. En Egypte, Sirius était appelée l’essence de la déesse Isis. Dans l’Europe préchrétienne, en particulier le long de la côte atlantique, elle était connue comme la déesse « Mari », qui devint plus tard « Marie » dans la tradition chrétienne. La route de Saint-Jacques est un retour à la Grande Déesse, “Celle aux mille noms”. Toutes les églises, les grottes et les puits sacrés sont dédiés à la Grande Déesse. Il en a été ainsi depuis les temps préchrétiens. Quand les moines chrétiens adoptèrent la route, ils la dédièrent à la Vierge Marie.

L’énergie de la Grande Déesse est le principe féminin divin qui habite dans chacun de nous. C’est le Grand Yin, l’aspect maternel de notre être qui s’exprime quand nous prenons soin des choses et des êtres. Cette attitude est négligée quand nous nous coupons de cette part de notre être. Or c’est en nous ouvrant à notre principe féminin que nous sommes capables de faire preuve d’amour envers nous-mêmes et aussi de persévérer dans les pratiques énergétiques qui nous permettent de développer notre potentiel. Lorsque ce principe créatif féminin n’est pas activé, nous passons à travers le monde de façon mécanique, le coeur fermé, en engendrant souffrance et destruction.

Un des principaux problèmes des pratiquants modernes est de chercher à appliquer des techniques énergétiques de façon mécanique, sans éveiller leur nature aimante. Renforcer le Yang affame le Yin. Dans le grand mythe d’Isis et Osiris, qui est au coeur de la tradition ésotérique de l’Occident, c’est le personnage féminin qui réveille le personnage masculin décédé. Et c’est grâce à l’effort d’Isis que l’esprit lumineux de la transcendance naît, sous la forme d’Horus.

Le pèlerinage le long de la Voie lactée en direction de Sirius-Isis est le chemin qui nous permet de contacter notre part féminine afin que se mette en marche le processus d’illumination « à la fin de la Terre », à Finisterre.



Juan Li commença le yoga du pèlerinage en 1996, à 50 ans, avec un pèlerinage taoïste qui lui fit découvrir onze montagnes sacrées de Chine. En 1998, il parcourut les 900 km du pèlerinage celtique-chrétien vers Saint-Jacques de Compostelle. En 2000/2001 il réalisa un pèlerinage de 7 mois vers les quatre sources du Gange en
Inde.

 
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